Présentation — Avant-propos

 

 En guise de témoignage

 

En 2008, mon épouse et moi avons répondu à l’appel de Dieu qui avait résonné dans nos vies lorsque nous étions âgés de vingt-cinq ans : « Quand les enfants seront grands, nous entrerons dans la vie monastique ou nous deviendrons ermites. » Trente ans plus tard, nous l’avons fait ! Sans que nous nous en rendions compte, le Seigneur nous épargnait la terrible épreuve que traversent de nombreux couples qui, parvenus à l’âge de la retraite, se demandent ce qu’ils feront – ensemble –, lorsqu’ils se retrouveront en tête à tête après des années de vies conjointes, mais le plus souvent disjointes. 

Après deux ans de préparation et de discernement, l’évêque d’Évry-Corbeil-Essonnes, Mgr Michel Dubost, accepta que nous vivions cette expérience de vie monastique en couple. Il nous confia une grande maison en centre-ville, à Étampes, non loin de Paris, pour y mener une vie de prière et d’apostolat par la prédication.

 

Contempler et transmettre

 

Le Seigneur orienta tout de suite notre positionnement par une devise de saint Thomas d’Aquin qui nous toucha : « Contempler et transmettre. » Ces deux principes allaient conditionner notre attitude et notre activité. Ne parler que de ce que le Seigneur nous donne de contempler. Pas de blabla, pas d’érudition, mais uniquement de la Parole de Dieu confirmée par l’expérience et le témoignage.

Pour nous mener plus avant sur les chemins de la contemplation, nous fûmes guidés vers le Carmel dont la spécificité est l’oraison qui conduit à la contemplation.

C’est donc le fruit de cette démarche que je partage dans ce livre.

Les livres de spiritualité abondent.

En rajouter un est toujours d’une prétention sans nom.

Je me suis lancé dans l’écriture de celui-ci parce que je me suis rendu compte, dans mes activités de prédicateur, que des points essentiels de la vie spirituelle n’étaient pas assimilés par de nombreux chrétiens.

Des points tellement fondamentaux qu’ils semblaient évidemment acquis. Or, il n’en était rien.

C’est donc par un retour aux sources, en décryptant l’ADN du chrétien, que nous allons pouvoir vérifier si tout est bien en place dans notre vie spirituelle.

 

Partager une expérience

 

Le chemin qui mène à la perfection – au royaume de Dieu – est long, étroit et semé d’embûches. Partir la fleur au fusil, c’est bien, mais la fleur fane vite. L’enthousiasme débordant des débuts résistera-t-il aux intempéries, aux attaques de l’ennemi, aux échecs, aux pièges et aux séductions de ce monde ?

En toutes ces années au service du Seigneur, combien avons-nous vu de personnes prometteuses, pleines de zèle et de charismes, tomber dans des ravins car, présomptueuses, elles ont manqué de prudence et de véritable sagesse ?

Combien d’autres, sur qui personne n’aurait misé un kopeck, ont continué leur bonhomme de chemin dans l’humilité, se relevant courageusement chute après chute, en marchant vers la perfection avec le secours de la grâce ?

Si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain. (Psaume 126, 1)

Nous voulons bien construire la maison du Seigneur, mais selon nos plans, et avec nos propres moyens. Elle est si belle que les défauts structurels sont souvent invisibles. Mais que viennent les ouragans et les tremblements de terre, tout s’écroule.

C’est pour éviter cela, pour nous permettre de construire dans de bonnes conditions et faire en sorte que notre édifice soit solide et s’élève harmonieusement que je me livre aussi à l’écriture de cet ouvrage.

 

Recourir à la sagesse des anciens

 

L’expérience de nos Pères dans la foi est indispensable. L’avoir négligée par présomption et enthousiasme de jeunesse nous a coûté très cher. Beaucoup de souffrances inutiles, beaucoup d’amertumes, de vies bloquées durant des années pour cause d’inexpérience et d’orgueil.

Nous nous appuierons sur l’expérience fonda- mentale du Carmel, de ses saints et saintes, pour décrypter notre génome, notre ADN de chrétien, car ils furent certainement les plus pointus dans ce domaine. Cinq cents ans plus tard, ils restent les maîtres incontestés en biologie spirituelle : Thérèse d’Avila et Jean de la Croix ; mais aussi, plus proches de nous : Thérèse de Lisieux, Élisabeth de la Trinité, Thérèse-Bénédicte de la Croix (Edith Stein)... sans oublier le bienheureux Marie-Eugène.

Ils nous aideront à progresser.

De plus, notre époque a été gratifiée d’une onction particulière de l’Esprit Saint en créant un mouvement de fond dans l’Église dont le concile Vatican II est le moteur. Nous en avons été les heureux bénéficiaires. Le mouvement de renouveau dans l’Église est infiniment plus vaste que le Renouveau charismatique, même si ce dernier occupe une place importante dans l’Église aujourd’hui.

Beaucoup de personnes ont pu sentir, goûter et voir comme Dieu est bon (psaume 33, 9). Merveilleuse expérience qui a retourné bon nombre d’in- croyants, rendus brûlants des cœurs froids, ramenés sur le bon chemin ceux qui se perdaient dans des voies de traverse.

 

Renouveau et tradition

 

Un Jubilé d’or, soit cinquante années de grâce, vient d’être célébré en présence du pape François, à Rome, à la Pentecôte 2017.

Même si le Renouveau est un courant, un « mouvement » comme le pape l’a précisé, il s’est mis au service au sein de l’Église et remplit la tâche de répondre aux besoins des paroisses, de l’évangélisation, de l’accompagnement des plus démunis...

Beaucoup sont entrés dans des communautés charismatiques et ont bénéficié des grâces spirituelles spécifiques de leurs fondateurs.

Mais plus nombreux encore sont ceux qui, dans les mille trois cents groupes de prière du Renouveau charismatique en France, sont laissés à eux- mêmes quant à la formation à la vie spirituelle.

Ils vont là où le vent les pousse, au gré des grands rassemblements drainés par des têtes d’affiche. Mais qu’en est-il réellement de leur vie mystique, de l’union de leur âme avec Dieu, des embûches et pièges du démon, si nombreux sur le chemin ?

Beaucoup confondent expériences mystiques et vie mystique et stagnent dans la vie spirituelle par manque de connaissance.

C’est aussi pour eux, et pour tous ceux qui ont eu la fraternelle amitié de me partager leurs errances, leurs souffrances, leurs infructueuses recherches, que j’écris ce livre afin qu’ils y trouvent des éléments fondamentaux, des pistes, des bases solides pour faire porter du fruit à la grâce qu’ils ont reçue de Dieu.